CAN 2025 et Mondial 2030 : le pari XXL du Maroc

Le royaume chérifien investit massivement dans l’organisation des deux compétitions footballistiques, au risque de se retrouver avec des éléphants blancs et de frustrer une population en quête permanente du mieux-être ?

Alors que la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025 bat son plein dans des stades flambant neufs, l’événement illustre à merveille les ambitions démesurées du Maroc en matière de football.

Au-delà des 264,5 millions d’euros mobilisés pour cette compétition continentale, qui s’achèvera le 18 janvier selon le budget officiel publié par la Confédération africaine de football (CAF), le pays se prépare déjà à coorganiser avec le Portugal et l’Espagne la Coupe du monde 2030.

À cet égard, la participation financière directe du royaume est estimée entre 5 et 6 milliards de dollars, d’après une étude de Sogécapital Gestion citée par Jeune Afrique. Une somme colossale qui servira notamment à l’édification du stade Hassan II, appelé à devenir le plus grand du monde.

Mais les investissements marocains dépassent de loin le seul horizon sportif. L’échéance 2030 sert surtout de levier pour repenser l’aménagement du territoire et moderniser les infrastructures nationales.

Une véritable révolution en cours

Le secteur des transports concentre ainsi à lui seul près de 9 milliards d’euros d’investissements. Le prolongement de la ligne à grande vitesse reliant Tanger à Casablanca jusqu’à Marrakech doit créer un axe ferroviaire ultramoderne traversant le pays du nord au sud.

Le Maroc prévoit aussi d’acquérir 168 nouveaux trains et de développer des réseaux de transport urbain à Casablanca, Rabat et Marrakech. Ces projets seront complétés par la construction de nouvelles autoroutes et, élément stratégique pour le tourisme, la modernisation des aéroports pour un montant évalué à 3,5 milliards d’euros.

L’objectif : doubler la capacité annuelle d’accueil des aéroports, pour passer de 38 à 80 millions de passagers d’ici 2030. Si le roi Mohammed VI a toujours placé le sport au cœur de sa vision nationale, cette politique d’investissements massifs répond à une ambition plus vaste : faire du Maroc une puissance économique incontournable du continent africain.

Le spectre des infrastructures inutilisées et la grogne sociale

Derrière ces chantiers titanesques et les promesses de prospérité, se profile toutefois le mécontentement d’une population lasse des engagements non tenus, alors que des secteurs essentiels comme l’éducation ou la santé restent sous-financés.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, le pays n’a consacré que 6,8 % de ses dépenses publiques à la santé en 2022, un ratio bien inférieur à la moyenne mondiale. Un déséquilibre qui fait planer le risque d’une explosion sociale, comme en ont témoigné les manifestations de la Gen Z en octobre 2025.

Par ailleurs, depuis Athènes 2004 jusqu’au Brésil 2014-2016, l’addition laissée par les Jeux olympiques et les Coupes du monde, rappelle à quel point ces rendez-vous peuvent devenir une saignée budgétaire quand la planification fait défaut.

S’ajoute enfin la crainte d’un endettement excessif ou d’infrastructures délaissées après coup, un scénario que plusieurs pays hôtes ont déjà expérimenté.


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