Zambie : le yuan chinois remplace le dollar dans les mines

La devise chinoise s’affirme progressivement dans les transactions africaines. Une stratégie marquée par un pragmatisme assumé.

Depuis octobre 2025, les compagnies minières chinoises actives en Zambie peuvent désormais s’acquitter de leurs taxes en yuan. Révélée fin décembre par Bloomberg, cette évolution constitue une première sur le continent africain et marque une rupture avec la domination du dollar américain.

Jusqu’alors, la Banque de Zambie exigeait des sociétés minières qu’elles lui vendent leurs dollars pour payer les redevances. Ce mécanisme, instauré en 2018 puis étendu en 2020 à l’ensemble des impôts du secteur, visait à renforcer des réserves de change fragilisées par l’endettement extérieur.

Si cette nouvelle approche – apparue avec la publication, en novembre, d’un taux de change officiel yuan–kwacha destiné à simplifier les transactions – peut surprendre, elle s’inscrit néanmoins dans la continuité des liens étroits entre Lusaka et Pékin.

En effet, la Chine n’est pas seulement le plus grand acheteur de cuivre zambien – dont le pays est le deuxième plus grand producteur sur le continent –, mais également l’un des principaux créanciers du pays.

Un levier de gestion de la dette

L’adoption du yuan pour les paiements des taxes minières apporte ainsi un avantage financier considérable à la Zambie. Désormais, celle-ci peut désormais rembourser directement ses créanciers chinois sans passer par la case dollar.

Cette approche pragmatique s’inscrit dans une tendance plus large observée sur le continent africain. Le Kenya a ouvert la voie en convertissant une partie de sa dette chinoise en yuan.

La restructuration d’un prêt ferroviaire de 5 milliards de dollars devrait permettre à Nairobi d’économiser près de 215 millions de dollars par an, « une manière de répartir le risque en diversifiant les devises », selon John Mbadi, secrétaire d’État kényan au Trésor.

L’Éthiopie a, elle aussi, entamé des discussions avec Pékin pour transformer un emprunt de 5,4 milliards de dollars en devise chinoise. Au-delà des bénéfices immédiats, cette dynamique participe de la stratégie globale de la Chine d’internationalisation du yuan.

La Chine redessine la carte financière africaine

Le continent africain devient progressivement un laboratoire privilégié de cette ambition monétaire. Pour l’Empire du Milieu, il s’agit de réduire la dépendance mondiale au dollar et d’imposer le yuan comme une alternative crédible sur la scène financière internationale.

Dans un contexte de rivalité croissante entre grandes puissances en Afrique, la décision zambienne illustre une influence chinoise désormais étendue, allant bien au-delà des investissements, des prêts ou du commerce.

Cependant, comme le souligne Andrea Ghiselli, professeur associé à l’École de relations internationales de l’université Fudan à Shanghaï, cité par Le Monde, l’internationalisation totale du yuan reste improbable. Car elle supposerait une libre convertibilité et une exposition complète aux fluctuations de marché, ce qui remettrait en cause le contrôle économique exercé par Pékin.

Le yuan devrait donc demeurer principalement cantonné aux transactions intergouvernementales et institutionnelles, sans devenir une monnaie d’échange courante pour les acteurs privés.


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