Islamabad va fournir pour au moins 4 milliards de dollars d’équipements militaires à une des forces en présence dans ce pays morcelé par la guerre depuis plus de dix ans. Une offensive de positionnement sur le marché de la défense pour ce pays d’Asie du Sud, qui soulève de nombreuses interrogations.
C’était Noël avant l’heure cette année pour le Pakistan. Le 22 décembre, des responsables du pays ont annoncé la signature d’un contrat d’armement, dont le montant oscille entre 4 et 4,6 milliards de dollars selon les sources, avec l’Armée nationale libyenne (LNA) du maréchal Khalifa Haftar.
Celui-ci tient fermement l’est de la Libye depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, à la suite de l’intervention de l’OTAN. Depuis, ce pays à la structure profondément tribale est morcelé entre deux pôles rivaux, qui se disputent le pouvoir sur fond de convoitise pour les immenses réserves pétrolières de son sous-sol.
D’après l’agence Reuters, citant des acteurs impliqués dans les négociations, l’accord fait suite à un déplacement récent à Benghazi du général Asim Munir, chef d’état-major pakistanais, venu rencontrer Saddam Khalifa Haftar, numéro deux de la LNA et fils du maréchal.
Un méga-contrat
Le texte prévoit la fourniture de 16 chasseurs JF-17, des avions de combat mis au point conjointement par la Chine et le Pakistan, ainsi que 12 avions d’entraînement Super Mushak, conçus par l’industrie aéronautique pakistanaise. L’ensemble de ce matériel doit être livré sur une durée d’environ deux ans et demi.
L’accord ne se limite pas au volet matériel. La LNA a annoncé la conclusion d’un partenariat de défense plus vaste avec le Pakistan, incluant la vente d’armements, des programmes de formation conjointe et des formes de coopération en matière de production militaire.
Dans un discours diffusé par la chaîne Al-Hadath et repris par Reuters, Saddam Khalifa Haftar a salué le lancement d’une « nouvelle phase de coopération militaire stratégique avec le Pakistan ».
…sous l’ombre de l’embargo onusien
Ce rapprochement entre Islamabad et la Libye n’est pas inédit. Dans les années 1970, sous le régime de Kadhafi, les deux États entretenaient déjà des liens privilégiés : en 1974, le dirigeant libyen effectua une visite triomphale à Lahore, et le Pakistan rebaptisa alors le principal stade de cricket de la ville « Gaddafi Stadium », une appellation qu’il conserve encore aujourd’hui.
Reste l’incertitude quant à l’impact de ces transferts d’armes sur le régime de sanctions des Nations unies visant la Libye. Le pays demeure soumis à un embargo sur les armements instauré en 2011 par le Conseil de sécurité, censé encadrer toute livraison de matériel militaire via un système d’autorisations et de dérogations, même si un rapport de 2024 a déjà qualifié ce dispositif d’« inefficace ».
Pour le Pakistan, cet accord représente une manne financière décisive. Avec une économie en crise chronique, ces 4 milliards de dollars offrent une bouffée d’oxygène, tandis que le contrôle exercé par Haftar sur d’importants gisements pétroliers ouvre la voie à d’éventuelles exportations d’hydrocarbures vers le Pakistan.

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