La guerre en Iran étrangle le thé kényan

Les tensions au Moyen-Orient pèsent lourdement sur l’industrie du thé au Kenya, avec près de huit millions de tonnes bloquées à l’exportation et la menace d’un effondrement de l’ensemble du secteur.

Loin des combats au Moyen-Orient, les producteurs de thé kényans subissent de plein fouet les répercussions d’un conflit marqué notamment par la fermeture du détroit d’Ormuz.

Ainsi, depuis le lancement de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran le 28 février dernier, près de 20% du thé kényan destiné aux marchés du Moyen-Orient reste bloqué chaque semaine au port de Mombasa, principale bourse mondiale du thé noir en vrac et plaque tournante du premier exportateur mondial.

En effet, avant le début des hostilités, les acheteurs du Moyen-Orient avaient déjà passé commande et réglé leurs achats. Les cargaisons étaient prêtes, les navires affrétés. Mais la paralysie des routes maritimes provoquée par la guerre a tout suspendu. Les compagnies de transport, contraintes d’annuler leurs rotations, laissent désormais les conteneurs s’accumuler à quai.

Conséquence : les entrepôts débordent, les coûts de stockage explosent et la qualité du thé se détériore avec le temps, une source d’inquiétude majeure pour les exportateurs, dont les marges fondent jour après jour.

Huit millions de dollars de pertes par semaine

Selon George Omuga, directeur général de l’East Africa Tea Traders Association, citant des données relayées par Reuters, les pertes recensées depuis le 1ᵉʳ mars atteignent environ 8 millions de dollars par semaine.

Un rythme intenable pour un secteur déjà fragilisé avant le conflit. Si la situation à Mombasa demeure critique, c’est le marché pakistanais qui suscite désormais les plus vives inquiétudes.

Pour cause, le Pakistan absorbe à lui seul 40% des exportations kényanes. Or, le principal corridor maritime reliant le port de Salalah à ce marché stratégique est aujourd’hui directement exposé aux perturbations du conflit régional.

Le spectre pakistanais, une menace à 65 %

D’après les opérateurs, si les tensions venaient à s’étendre au Pakistan, c’est 65 % des marchés d’exportation du Kenya qui disparaîtraient en un coup, une perspective catastrophique pour une filière qui représente l’une des principales sources de devises du pays.

À terme, ce sont des familles entières qui se retrouveraient sans ressources, des enfants contraints de quitter l’école, des foyers sautant des repas, d’après Alex Macharia, agriculteur et membre de l’East Africa Tea Traders Association, interrogé par Reuters.

Les Émirats arabes unis qui absorbent 20 % des exportations de thé kényan constituent l’autre point de vulnérabilité majeur. Car la crise a déjà provoqué des ajustements à la baisse des prix dans les États du Golfe, signe que la demande subit elle aussi les contrecoups du conflit.

De surcroît, les navires privilégient désormais des trajets alternatifs, bien plus longs, pour contourner les zones à risques. Cette rallonge se traduit, mécaniquement, par une hausse des coûts de transport et une envolée des primes d’assurance maritime.


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