Le groupe bancaire panafricain devrait très prochainement déployer un système de paiement direct en yuan. De quoi court-circuiter le dollar américain dans les échanges commerciaux sino-américains.
Selon des informations révélées par Reuters, Ecobank mène actuellement des négociations avancées avec la Bank of China afin de mettre en place un mécanisme de règlement direct en yuan, une initiative confirmée par le directeur général Jeremy Awori, qui pourrait aboutir d’ici la fin de l’année.
L’objectif est de permettre aux entreprises de Lagos, Nairobi, Accra, Dakar ou encore Cotonou de commercer avec leurs partenaires chinois sans passer par l’étape, jusqu’ici quasi incontournable, du dollar américain.
Monnaie dominante du commerce international depuis les accords de Bretton Woods en 1944, le billet vert s’est imposé via le réseau Swift, par lequel transite l’essentiel des paiements transfrontaliers.
De fait, environ 90 % des transactions commerciales africaines passent aujourd’hui par des comptes libellés en dollars, logés dans des établissements américains.
Le dollar, un péage contraignant
C’est précisément ce mécanisme qui confère aux États-Unis leur capacité à imposer des sanctions financières à l’échelle internationale. Autrement dit, en contrôlant la chambre de compensation en dollars, Washington peut, à tout moment, couper l’accès d’un pays ou d’une entreprise au système de paiement mondial.
Cette réalité, souvent perçue comme une contrainte souveraine autant qu’économique, alimente depuis plusieurs années une réflexion de fond sur le continent africain quant aux moyens de diversifier les canaux de règlement internationaux.
D’autant que le double change — monnaie locale vers dollar, puis dollar vers yuan — pénalise en outre les opérateurs africains, en particulier les PME engagées dans le commerce avec la Chine. Or l’influence croissante de l’Empire du Milieu sur le continent offre un levier potentiel.
À preuve, les exportations chinoises vers l’Afrique ont bondi de 26% en 2025 pour atteindre 225 milliards de dollars, portant le volume total des échanges bilatéraux à 348 milliards, auxquels se sont ajoutés environ 39 milliards de nouveaux contrats.
Une initiative jugée opportune
Pour Ecobank, qui se positionne depuis des années comme la banque des échanges intra‑africains et des flux entre l’Afrique‑ et le reste du monde grâce à sa présence dans plus de 30 pays, ce projet de règlement en yuan dépasse la seule innovation technique.
« Quand on observe les ressources naturelles du continent, notamment dans l’énergie, les mines, le pétrole et le gaz, la Chine manifeste également un intérêt et des investissements importants », souligne son directeur général, cité par Reuters.
Standard Bank, autre poids lourd bancaire africain, a déjà rejoint le CIPS, le système chinois de paiement interbancaire transfrontalier qui constitue l’alternative directe à Swift pour les transactions en yuan. En parallèle, le système panafricain de paiement et de règlement de l’Union africaine poursuit son déploiement, avec pour ambition de réduire les coûts du commerce intra‑africain.
Sur le front réglementaire, la Tanzanie et la Zambie ont déjà restreint l’usage du dollar dans certaines opérations domestiques, tandis que la République démocratique du Congo prépare des mesures similaires, autant de signaux en faveur d’une diversification monétaire progressive sur le continent.

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