Mobile Money en Afrique : plus qu’un paiement, un écosystème

Un nouveau rapport révèle l’ampleur sans cesse grandissante du recours au paiement mobile sur le continent.

M-Pesa au Kenya, en Tanzanie ou en Ouganda ; Mobile Money au Bénin, au Sénégal ou encore au Mali. Depuis près de deux décennies, le paiement mobile s’est diffusé à travers l’Afrique, au point de devenir le segment financier à la croissance la plus rapide du continent.

Selon le dernier rapport de la GSMA, le lobby mondial des opérateurs de télécommunications, plus de 1 400 milliards de dollars ont transité le Mobile Money Afrique, sur un volume global dépassant les 2 100 milliards de dollars.

Cela représente un doublement par rapport au premier seuil des 1 000 milliards atteint en seulement quatre ans. Mieux encore, plus de la moitié des comptes de paiement mobile dans le monde sont aujourd’hui détenus en Afrique.

Autant dire que pour le Mobile Money, l’Afrique n’est plus un marché émergent parmi d’autres. C’est le cœur battant d’une révolution financière mondiale. L’époque où Safaricom lançait M-Pesa — considéré comme le pionnier du paiement mobile africain — dans un scepticisme quasi général paraît bien lointaine.

Des usages de plus en plus diversifiés

« Ce qui n’était au départ qu’un moyen simple de transférer de l’argent a évolué pour devenir un écosystème financier mondial, transformant la manière dont des centaines de millions de personnes gèrent leur vie financière », écrit Vivek Badrinath, Directeur général de la GSMA.

Désormais, le téléphone en Afrique ne sert plus seulement à envoyer de l’argent ou à payer une facture. Il sert désormais à souscrire un crédit, à contracter une assurance, à constituer une épargne, voire à investir.

Comme l’indique Aurélie Bida, rédactrice en chef du pôle économie de Jeune Afrique sur TV5 Monde, le Mobile Money est en train de muer en un système financier parallèle, de plus en plus complémentaire — et de plus en plus incontournable — par rapport aux institutions financières traditionnelles sur le continent.

Des défis persistants

L’outil est désormais solidement ancré dans les usages, attirant de nombreuses fintechs qui proposent des services toujours plus ciblés et adaptés aux réalités locales. Les banques traditionnelles, longtemps absentes d’un marché jugé peu rentable, cherchent désormais à rattraper leur retard.

Cet engouement redistribue les cartes pour les grands opérateurs télécoms — MTN, Orange, Airtel Africa — bâtisseurs historiques de cet écosystème. Dans ce contexte, certains pourraient imaginer que le paiement mobile finira par supplanter l’argent liquide sur le continent.

Les experts mettent pourtant en garde. « Le cash reste largement dominant, car près de 90 % des transactions s’effectuent encore en espèces », indique un acteur du secteur à Jeune Afrique. Et cette prédominance pourrait perdurer, d’autant que le Mobile Money fait face à plusieurs défis.

Parmi eux, la fiscalité de plus en plus répandue — au Ghana, au Nigeria, en Tanzanie ou encore au Sénégal — où les États y voient un levier pour accroître leurs recettes. Une tendance qui pourrait constituer « un risque d’exclusion supplémentaire pour les populations peu ou pas bancarisées », alerte la GSMA.


Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*