La reconduction pour une seule année de ce dispositif annonce une évolution imminente des liens économiques entre les États-Unis et le continent africain, sous l’impulsion de Donald Trump.
Ouf ! Après de longs mois d’incertitude, l’African Growth and Opportunity Act (Agoa) a finalement été reconduit le 3 février dernier, avec effet rétroactif, mais pour une seule année, contrairement à la précédente prolongation qui s’étendait sur dix ans.
Ce compromis, arraché au terme d’intenses discussions entre élus américains favorables au statu quo et partisans d’une refonte du dispositif, permet à plusieurs pays africains de continuer à exporter vers les États-Unis sans acquitter de droits de douane. Sans cette extension, certaines exportations africaines auraient été soumises à des taxes allant de 10 à 30 %, selon les secteurs.
Une perspective qui aurait été dévastatrice pour des économies déjà fragiles. Julien Marcilly, chef économiste au cabinet Global Sovereign Advisory, cité par RFI, y voit « une bouffée d’oxygène pour les entreprises exportatrices ayant déjà sécurisé leurs débouchés vers le marché américain ».
Reste que ce sursis est jugé bien trop court dans les milieux économiques africains pour offrir une véritable visibilité. Une année ne suffit ni à investir dans de nouvelles capacités de production, ni à fiabiliser les chaînes d’approvisionnement, ni à planifier des stratégies à moyen terme.
D’un partenariat de développement à un levier de pression
La décision de Washington traduit la volonté américaine de privilégier des accords ciblés, ponctuels et étroitement arrimés aux intérêts industriels des États-Unis, dans la droite ligne de la doctrine America First chère à Donald Trump.
Elle marque une rupture nette avec les anciens schémas de coopération commerciale, plus larges et reposant sur une logique de développement, que prônaient les précédentes administrations. Plusieurs discussions sont d’ailleurs en cours à Washington avec des pays africains riches en ressources minières, selon une logique assumée : accès aux minerais contre accès au marché.
Le rapport de force est clair : la rentabilité immédiate prime désormais sur la solidarité. L’Agoa risque ainsi d’être soumis à des conditions politiques et géopolitiques explicites, comme l’accueil de migrants expulsés des États-Unis, ainsi que l’a récemment révélé le ministre ghanéen des Affaires étrangères.
L’Afrique face au défi de la diversification
En définitive, ce programme s’impose de plus en plus comme un instrument de négociation stratégique entre les mains d’une puissance décidée à sécuriser ses approvisionnements, réduire ses déficits et défendre ses industries.
À court terme, la prolongation évite un choc brutal. Mais à moyen terme, la mise en garde est claire : aucun pays africain ne peut fonder sa politique commerciale sur un seul partenaire, aussi influent soit-il.
La diversification devient ainsi une priorité stratégique ; vers l’Europe, l’Asie, le Moyen-Orient, et surtout à l’intérieur du continent, au travers de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), dont la mise en œuvre incarne désormais un enjeu de souveraineté économique crucial.

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