Trump sanctionne Kigali

Les États-Unis ont imposé des sanctions contre l’armée rwandaise, l’accusant de soutenir les rebelles du M23 en violation des Accords de Washington. En toile de fond : une bataille géopolitique pour le contrôle des minerais stratégiques de la région.

L’administration américaine, par le biais du département du Trésor, a annoncé le 2 mars dernier des sanctions contre les Forces de défense du Rwanda (FDR), accusées d’avoir enfreint les Accords de Washington, censés mettre fin aux affrontements dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).

« Les FDRont  soutenus le M23 – le groupe rebelle actif dans la région – alors qu’il s’emparait de territoires, notamment les capitales provinciales Goma et Bukavu, ainsi que des sites miniers stratégiques. Les offensives du M23 n’auraient pas été possibles sans le soutien actif et la complicité des FDR et de hauts responsables clés », écrit le bureau du contrôle des avoirs étrangers du département du Trésor (OFAC), dans un communiqué.

Selon ce dernier, les forces rwandaises déploient des milliers de soldats combattant aux côtés du M23, leur fournissent du matériel militaire sophistiqué (drones, systèmes de brouillage GPS, équipements de défense aérienne), assurent la formation des rebelles et facilitent leur enrôlement, y compris parmi les réfugiés.

Quatre hauts gradés visés

Outre les FDR, l’OFAC a également sanctionné quatre hauts commandants rwandais : Vincent Nyakarundi, chef d’état-major de l’armée et commandant des forces terrestres ; Mubarakh Muganga, chef d’état-major de la défense ; le major général Ruki Karusisi, à la tête de la 5e division d’infanterie ; et Stanislas Gashugi, son successeur aux Forces spéciales.

Tous leurs biens et avoirs situés aux États-Unis ou détenus sous juridiction américaine sont gelés et doivent être signalés à l’OFAC. Les entreprises détenues à 50% ou plus par ces personnes sont également concernées.

Sans autorisation particulière, toute transaction impliquant ces individus ou leurs entités est interdite aux citoyens américains ainsi qu’aux institutions opérant sur le territoire des États-Unis. Les établissements financiers s’exposent eux aussi à des mesures punitives s’ils effectuent des opérations avec les personnes désignées, qu’il s’agisse de transferts de fonds, de biens ou de services.

Les minerais en toile de fond

Pour Zobel Behalal, analyste au sein de l’organisation non gouvernementale Global Initiative Against Transnational Organized Crime, cité par Le Monde, ces mesures constituent un revers majeur pour l’armée rwandaise, désormais traitée comme une entité assimilée à un acteur criminel sanctionné.

Si Washington affirme agir pour préserver l’accord de paix signé en décembre dernier entre Kigali et Kinshasa sous la médiation de Donald Trump, ses véritables motivations semblent d’un autre ordre.

L’Est congolais recèle en effet les plus vastes réserves mondiales connues de cobalt, ainsi que d’importants gisements de cuivre et de lithium ; des ressources essentielles aux États-Unis dans leur rivalité stratégique avec la Chine pour le contrôle des matières premières critiques.

Ainsi, ces sanctions répondent à une logique de sécurisation de l’accès américain à des minerais clés pour la transition énergétique mondiale. Une décision qui suscite l’ire de Kigali, qui dénonce une lecture biaisée d’une situation sécuritaire particulièrement complexe.


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