
La junte militaire au pouvoir a mis fin au projet de lutte contre le paludisme financé par la Fondation du milliardaire américain dans le pays.
Le programme Target Malaria prend fin au Burkina Faso. Dans un communiqué publié vendredi 22 août et signé par Samuel Paré, responsable du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, le pays ouest-africain a annoncé l’arrêt de cette initiative destinée à lutter contre le paludisme en Afrique.
Le projet financé par la Fondation Bill & Melinda Gates a pour approche de créer une espèce de moustiques qui ne transmettront pas la maladie, à travers la libération de moustiques mâles génétiquement modifiés dans des zones cibles pour réduire la population de moustiques vecteurs du paludisme.
« Notre technologie cible spécifiquement ces espèces de moustiques Anophèles et ne devrait donc pas affecter d’autres types de moustiques ou insectes présents aux alentours. Notre approche est le contrôle du paludisme par le contrôle du moustique », indique le consortium de recherche scientifique sur son site internet.
Le programme avait libéré son premier essaim de moustiques mâles génétiquement modifiés en 2019 à Bana, un village d’environ 1 000 habitants dans l’ouest du Burkina Faso, et avait depuis déployé des moustiques OGM sur des sites supplémentaires, le dernier déploiement ayant eu lieu quelques jours seulement avant l’ordre d’arrêt.
Un arrêt décidé sur fond de contestations
« Les enceintes contenant les moustiques génétiquement modifiés sont sous scellés depuis le 18 août 2025 et tous les échantillons seront détruits suivant un protocole indiqué », indique le ministre Samuel Paré.
Si aucune raison n’a été officiellement donnée pour justifier cette décision, elle n’en reste pas moins logique au vu du contexte. Target Malaria fait en effet l’objet d’une campagne de dénonciation menée par des activistes pro-russes qui y voient une « forme dangereuse et irresponsable de contrôle démographique ».
Cette rhétorique a transformé un projet de santé publique en instrument présumé de domination occidentale, alors que la junte militaire dirigée par Ibrahim Traoré depuis son coup d’État de 2022 rompt ses liens avec les partenaires occidentaux, dont la France en premier lieu, pour se rapprocher de la Russie entre autres.
La science au cœur d’une bataille idéologique
Le paludisme demeure l’un des plus grands tueurs du continent africain, touchant particulièrement les populations les plus vulnérables, notamment les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, l’Afrique a enregistré plus de 95% des décès mondiaux en 2023. Les données sur l’évolution des nouveaux cas estimés pour 1000 habitants entre 2000 et 2020 montrent que le Burkina présente un taux nettement supérieur à la moyenne de l’Afrique subsaharienne sur toute la période.
En 2000, le pays enregistrait 599 nouveaux cas pour 1000 habitants, soit près du double de la moyenne subsaharienne qui s’établissait à 355 cas.
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