La CEMAC ferme boutique provisoirement

Confrontée à de graves problèmes de trésorerie, la Communauté Économique et Monétaire d’Afrique Centrale a décidé de suspendre les activités dites non-essentielles de sa commission.

C’est une décision difficile à croire à un tel niveau de responsabilité. La CEMAC (Communauté Économique et Monétaire d’Afrique Centrale), organisation régionale regroupant six pays du centre du continent, a annoncé début février, la suspension temporaire d’une partie de ses activités.

Ainsi, les réunions administratives et les missions officielles non prioritaires prévues au budget 2026 sont mises entre parenthèses. En cause : l’épuisement des ressources financières de l’institution, conséquence du non-versement par plusieurs États membres de la Taxe communautaire d’intégration (TCI), principale source de financement de la CEMAC.

Conçu pour garantir une autonomie budgétaire durable à l’organisation, ce mécanisme, instauré après la dévaluation du franc CFA en 1994, est perçu par les trésors nationaux avant d’être reversé à l’agent comptable de la communauté.

« Mais vous comprenez que les difficultés que rencontrent certains pays ne permettent pas justement de transférer ces ressources« , souligne le professeur Désiré Avom, doyen de la faculté des sciences économiques et de gestion de l’université de Yaoundé 2 au Cameroun.

Seul bon élève : le Gabon

Les contraintes budgétaires persistantes dans plusieurs États membres, combinées à l’instabilité sécuritaire dans certains d’entre eux, ont progressivement asséché les finances de la CEMAC. Résultat : la TCI collectée sur les importations n’est pas systématiquement reversée à l’institution.

L’an dernier, cette dernière n’a perçu qu’environ la moitié des contributions attendues, selon le podcast d’actualité africaine Décrypter l’Afrique. Pire encore, seul le Gabon dispose d’un mécanisme autonome de reversement, lui ayant permis de transférer 10,5 milliards de francs CFA en 2025, d’après RFI.

Enrtre-temps, le président de la Commission, le Guinéen équatorial Baltazar Engonga, a dû lancer un appel de détresse en direction des six pays membres, dont le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad, le Congo, le Gabon et la Guinée équatoriale. En vain.

Une violation flagrante du traité fondateur

D’après les commentateurs de Décrypter l’Afrique, cette situation constitue une entorse manifeste au traité révisé de la CEMAC, adopté en 2009. Ce texte prévoit qu’en cas de manquement, un prélèvement automatique doit être effectué sur le compte du Trésor concerné à la Banque des États d’Afrique centrale (BEAC).

Des sanctions existent également, allant du retrait du droit de vote dans les instances de la communauté à la suspension de participation à ses activités, voire à la perte des avantages communautaires. Aucun de ces mécanismes, cependant, n’a été appliqué.

Selon l’économiste Désiré Avom, cette suspension des activités constitue en réalité une stratégie de communication du président de la commission de la CEMAC. « C’est vraiment une interpellation qui fait une pression douce pour montrer les difficultés que cette structure sous-régionale a pour financer ses activités« , analyse-t-il.


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