Ce phénomène climatique pourrait coûter jusqu’à 20 milliards de dollars aux pays les plus exposés du continent, selon une estimation de la Banque africaine de développement.
L’Afrique, l’une des principales victimes des conséquences du réchauffement climatique — malgré une contribution limitée aux émissions — pourrait subir un choc économique colossal en raison du super El Niño.
Ce phénomène, qui désigne un réchauffement anormal de l’océan Pacifique équatorial, pourrait, dans sa phase très intense attendue probablement entre octobre et décembre 2026 selon l’Administration nationale océanique et atmosphérique américaine (NOAA), entraîner des pertes estimées entre 10 et 20 milliards de dollars, selon Anthony Nyong, directeur du département du changement climatique et de la croissance verte à la Banque africaine de développement (BAD).
« Rien que cet épisode va réduire le PIB des pays les plus touchés de 1% à 2% en moyenne », a déclaré le spécialiste dans un entretien accordé à Reuters. Il n’a pas détaillé de répartition pays par pays, mais a prévenu que l’impact ne se limiterait probablement pas à une seule année, ses effets pouvant se prolonger sur plusieurs exercices.
Sécheresses au sud, inondations à l’est
Phénomène naturel, El Niño se caractérise par une intensité destructrice renforcée par son interaction avec le réchauffement climatique d’origine humaine. Même s’il se produit dans le Pacifique, ses effets se propagent à l’échelle mondiale via des téléconnexions atmosphériques.
Il se traduit généralement par des sécheresses en Afrique australe, tandis que l’Afrique de l’Est fait face à des pluies abondantes et à des inondations. L’épisode 2023-2024 a vu six pays — Botswana, Lesotho, Malawi, Namibie, Zambie et Zimbabwe — déclarer l’état d’urgence sous l’effet combiné de précipitations intenses et de vagues de chaleur.
Des pluies torrentielles et des inondations ont également frappé Madagascar (cyclone Gamane, 535 000 personnes touchées), le Malawi (156 000 personnes affectées) et le Mozambique (tempête Filipo, 149 000 personnes touchées).
La BAD évalue à près de 330 millions de dollars les pertes de revenus déjà subies cette année par les agriculteurs africains, dans un contexte de prix élevés de l’énergie et de perturbations de l’approvisionnement en engrais liées au conflit au Moyen-Orient.
Sept pays en première ligne
L’institution avertit également que le secteur de la pêche pourrait être durement touché, en raison de la hausse des températures marines et de la multiplication des tempêtes. Au-delà des dégâts matériels, les experts avertissent d’un risque de migrations à grande échelle depuis les zones les plus durement frappées par la sécheresse.
La Banque africaine de développement a identifié une liste de pays susceptibles de subir des effets particulièrement sévères, dont le Soudan, le Soudan du Sud, la République démocratique du Congo, la Somalie, le Mali, le Burundi et le Nigeria.
Face à cette perspective, les gouvernements régionaux et les agences d’aide ont engagé des plans de contingence, même si l’ampleur exacte des réponses dépendra de la confirmation de la puissance du phénomène, une fois les données de température du Pacifique pleinement analysées dans les prochains mois.
Les fonds climatiques internationaux, qui ont déjà débloqué une aide d’urgence lors d’épisodes El Niño précédents, restent une piste de financement évoquée, même si la rapidité et le ciblage des versements ont historiquement varié selon la capacité d’absorption de chaque pays et l’état de leurs projets.

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