Le geste est interprété par de nombreux observateurs comme une manière, pour le royaume chérifien, de s’assurer du soutien américain à son projet d’autonomie pour le Sahara occidental, territoire que la nouvelle infrastructure relie au sud du pays.
Il n’a pas pu s’empêcher d’annoncer la nouvelle avant les autorités marocaines. Dans une vidéo diffusée le 26 juillet sur son réseau social Truth Social, Donald Trump a révélé que le Maroc avait décidé de baptiser une nouvelle autoroute à son nom.
S’étendant de Tiznit à Dakhla, cette voie express longue de 1 055 km traverse directement le Sahara occidental, un territoire disputé et particulièrement instable, dont Rabat revendique la souveraineté face notamment aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par l’Algérie voisine.
Dans la lettre du roi Mohammed VI transmise au locataire de la Maison Blanche pour lui annoncer cette décision, dont des extraits ont été diffusés par l’agence officielle marocaine le 1er août, le souverain présente ce choix comme un hommage personnel à Trump, en reconnaissance de sa décision de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en 2020.
Comme un serpent de mer
« Afin d’honorer cette marque d’amitié et de paix, et en signe personnel de ma profonde reconnaissance, j’ai décidé de donner à l’une des routes les plus importantes du royaume votre nom : l’autoroute Donald J. Trump », écrit le roi.
« Merci à Son Altesse royale Mohammed VI. (…) Quel immense honneur ! J’ai hâte de parcourir un jour cette grande autoroute dans toute sa longueur. J’espère que ce sera bientôt ! », avait déclaré Donald Trump dans son annonce.
Pour les autorités marocaines, il s’agit de rester dans les bonnes grâces du président américain, connu pour sa sensibilité aux flatteries. L’enjeu est d’autant plus important que la question du Sahara occidental ressurgit sans cesse, tel un serpent de mer, depuis cinquante ans.
En effet, lorsque l’Espagne s’est retirée de ce territoire en 1975, le Maroc l’a revendiqué. Le Front Polisario, qui représente une partie des Sahraouis, a quant à lui proclamé sa propre République et réclamé l’indépendance. Un cessez-le-feu sous l’égide de l’ONU a été conclu en 1991, avec la promesse d’un référendum d’autodétermination.
Un soutien américain intéressé
Mais ce scrutin n’a jamais eu lieu. Aujourd’hui, Washington estime que le débat est clos. « Les États-Unis ont été clairs : nous reconnaissons la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental et nous soutenons la proposition d’autonomie sérieuse, crédible et réaliste du Maroc comme seule base d’une solution juste et durable. Toute autre voie prolonge le statu quo et est inacceptable. Ce conflit doit prendre fin maintenant », a récemment réaffirmé Trump.
Le soutien répété des États-Unis à Rabat renforce ainsi un camp, face à l’Algérie, dans l’une des rivalités géopolitiques les plus profondes d’Afrique du Nord. Mais pourquoi Washington appuie-t-il autant le Maroc pour ce qui apparaît, à première vue, comme une immense étendue désertique ?
La réponse réside dans l’importance stratégique de la région. Le Sahara occidental dispose de plus de 1 100 km de façade atlantique. Il abrite plus de 70% des réserves mondiales de phosphate, une ressource essentielle à la sécurité alimentaire mondiale. Le territoire possède également d’importantes zones de pêche ainsi que des infrastructures logistiques en développement, reliant l’Afrique aux marchés mondiaux.
Pour Washington, un Maroc aligné sur les États-Unis constitue un important partenaire dans la lutte antiterroriste, un allié de renseignement multidimensionnel et un rempart contre l’expansion de l’influence russe au Mali, au Niger et au Burkina Faso.

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