La littérature africaine auréolée

Plusieurs auteurs africains ont été récompensés ces derniers mois des plus célèbres prix qui soient. Le signe d’une littérature enfin reconnue à sa juste valeur ou un simple épiphénomène ?

Le mercredi 3 novembre, Mohamed Mbougar Sarr se voyait couronner sans grande surprise, à tout juste 31 printemps, du Goncourt 2021 pour son roman « La plus secrète mémoire des hommes« , devenant ainsi le premier Africain subsaharien et l’un des plus jeunes écrivains à trôner au firmament de ce prestigieux Prix français. Cette prouesse du Sénégalais intervenue un siècle après celle de René Maran – premier auteur Noir « Goncourtisé »-, marque une année 2021 de grand cru pour les auteurs africains, nombreux à récolter ces derniers mois la reconnaissance de leurs pairs sur le plan international.

À peine un mois auparavant, le Tanzanien Abdulrazak Gurnah se voyait en effet décerner le Nobel de littérature ; le franco-sénégalais David Diop lui, allongeait la liste des lauréats du Booker Prize international en juin ; quand son compatriote Boubacar Boris Diop était déclaré gagnant du Prix Neustadt fin octobre. Au chapitre des récompenses cette année, la Mozambicaine Paulina Chiziane n’a pas été du reste avec le Prix Camoes.

Percée remarquable

Autant dire que la moisson aura été particulièrement bonne en termes de couronnement pour les écrivains africains en général. De quoi retenir l’attention des spécialistes qui saluent auprès de l’AFP, une période faste amorcée depuis une décennie au moins par une nouvelle génération d’auteurs. Ces derniers dans leur lecture du monde n’hésitent pas à voir au-delà des sujets longtemps ressassés sur l’Afrique comme la guerre, la famine ou encore les troubles politiques.

L’homosexualité, le changement climatique, les rapports homme-femme sont autant de thèmes de plus en plus investis par les œuvres littéraires africaines, parfois au prix d’un certain affrontement avec la dure réalité des tabous locaux. Cela change des sujets abordés dans la foulée des indépendances et presque tous marqués par une trame politique, estime Xavier Garnier, enseignant en littérature francophone à l’AFP.

Plafond de verre

La reconnaissance qui s’ensuit n’en est que plus méritée, ajoute-t-il. D’autant que de nombreux ouvrages sont édités en Afrique. Faut-il y voir la percée d’une littérature africaine depuis toujours foisonnante de qualités ? C’est l’avis de Claire Ducournau, sociologue de la littérature. Mais le spécialiste en littérature comparée Boniface Mongo-Mboussa relève le voile de la catégorisation dont les auteurs africains francophones sont encore trop victimes en Occident contrairement à leurs homologues anglophones outre-Atlantique par exemple.


Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*