Uber claque la porte du Nigeria

La plateforme américaine de covoiturage quitte le plus grand marché du continent, après y avoir largement perdu du terrain ces dernières années.

Un retrait avec effet immédiat. Ainsi se résume la séparation entre Uber et le Nigeria. Annoncée le 2 septembre dernier, cette décision marque la fin de douze ans de présence de l’entreprise américaine de VTC dans le plus grand pays du continent en termes de marché.

Ce départ intervient dans le cadre de la stratégie de restructuration du groupe, qui se retire également de l’Ouganda, après avoir quitté la Tanzanie quelques mois plus tôt. La société entend par ailleurs réduire d’environ 10% ses effectifs, tout en réexaminant ses investissements.

Pendant plusieurs années, Uber, qui figurait parmi les pionniers de l’industrie du covoiturage au Nigeria, a fait la pluie et le beau temps. La plateforme a compté plus de 5 000 chauffeurs partenaires à son apogée dans le pays, selon RFI.

Cette période semble désormais bien révolue. En cause : une concurrence devenue chaque année un peu plus féroce, avec des acteurs comme Bolt ou inDrive, dont les parts de marché ont explosé. À titre d’exemple, Bolt comptait 3,3 millions d’utilisateurs actifs en décembre dernier, soit plus de six fois plus qu’Uber, d’après Sensor Tower, cité par Semafor.

Une dévaluation qui grippe le modèle économique

« Il est évident que la demande était faible au Nigeria et que le contexte politique et économique n’aidait pas », explique Ashwini Anburajan, directrice générale d’Obi, un agrégateur californien de données sur les prix et les trajets qui suit plus d’une demi-douzaine de plateformes de VTC, interrogée par Semafor.

Ce constat tient d’abord à une réalité, celle de la dévaluation du naira face au dollar américain. Concrètement, sur le terrain, le nombre de courses est resté élevé au fil des ans, ce qui a permis au chiffre d’affaires exprimé en monnaie locale de progresser.

Ces revenus fondaient toutefois comme neige au soleil une fois convertis en dollars dans les rapports trimestriels. À cela s’ajoutaient une inflation locale galopante et une hausse considérable des coûts liés au maintien du service, au marketing et au personnel sur place.

Alors que l’érosion de la monnaie réduisait les bénéfices de l’entreprise, les changements de politique nationale ont fini par détruire l’équation économique sur le terrain. La suppression des subventions sur les carburants au Nigeria a entraîné une hausse brutale du prix de l’essence.

Une « spirale » devenue intenable

En définitive, ce qui ressemblait à une réussite opérationnelle à Lagos se traduisait par un bilan déficitaire à San Francisco, où se trouve le siège de l’entreprise.

Pour une société américaine cotée en Bourse, développer ses activités sur un marché où la monnaie locale ne parvient pas à conserver sa valeur face au dollar transforme rapidement une opportunité de croissance en passif ingérable.

Parallèlement, il s’est avéré, d’après Obi, qu’Uber était contraint de rémunérer ses chauffeurs davantage que ce que le groupe facturait aux usagers, notamment sur les courses de 20 kilomètres. La société a dû augmenter ses tarifs de 71%, tout en continuant à subventionner les conducteurs.

« La rémunération devait être subventionnée pour convaincre les chauffeurs d’accepter les courses. Uber n’avait tout simplement aucun moyen de se sortir de cette spirale », affirme Ashwini Anburajan.


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