L’aide américaine, un levier de pression sur la Zambie

Washington menace de geler ses programmes sanitaires, mettant en péril le traitement de 1,3 million de Zambiens vivant avec le VIH. Une manœuvre sans précédent visant à écarter l’influence de Pékin dans le secteur minier stratégique de Lusaka.

Un document interne du Département d’État américain révèle que l’administration Trump envisage sérieusement de suspendre l’aide médicale à la Zambie afin de pousser le pays à ouvrir davantage son secteur minier aux intérêts américains.

Le mémo consulté par le New York Times (NYT), ne laisse guère de place au doute : « Nous ne sécuriserons nos priorités qu’en démontrant publiquement notre disposition à retirer massivement notre soutien à la Zambie », peut-on notamment y lire.

Cette formulation, d’une crudité inhabituelle dans le langage feutré de la diplomatie mondiale, confirme la constante de la politique étrangère sous Donald Trump : l’aide étrangère, jusqu’ici présentée comme un instrument de solidarité internationale, est désormais assumée comme un levier de négociation au service des intérêts économiques et stratégiques de Washington.

La menace est d’autant plus préoccupante que l’aide visée concerne les traitements antirétroviraux contre le VIH, ainsi que la fourniture de médicaments contre la tuberculose et le paludisme, essentiels à la survie quotidienne d’environ 1,3 million de Zambiens.

Une stratégie globale de conditionnalité

Ces programmes, financés dans le cadre du PEPFAR (President’s Emergency Plan for AIDS Relief), permettent chaque année de sauver des dizaines de milliers de vies dans un pays où la prévalence du VIH demeure parmi les plus élevées d’Afrique subsaharienne.

Selon les options examinées par l’administration américaine, une réduction significative de cette aide pourrait intervenir dès le mois de mai 2025. Dans leur nouvelle approche, les USA conditionnent leur aide à la signature d’accords contraignants imposant aux pays bénéficiaires d’augmenter leurs propres dépenses nationales de santé.

À ce jour, 24 pays ont accepté ces conditions, obtenant en retour un financement total de 20 milliards de dollars sur cinq ans. Le Zimbabwe, lui, a catégoriquement refusé, invoquant des motifs liés à la souveraineté de ses données sanitaires.

Cuivre, lithium, cobalt au cœur des convoitises

Le projet suscite également des critiques au Kenya, mais le cas zambien se distingue par une dimension explicitement géopolitique et commerciale jusqu’ici rarement affichée avec autant de clarté.

Les discussions en cours avec Lusaka visent à redéfinir les rapports de force dans le secteur minier et à limiter l’influence chinoise. Troisième producteur mondial de cuivre, la Zambie possède aussi d’importantes réserves de lithium et de cobalt, deux minerais devenus essentiels dans la transition énergétique mondiale.

Ces ressources restent majoritairement contrôlées par des entreprises chinoises, présentes depuis des années à travers des investissements massifs et des contrats de long terme conclus dans le cadre de la coopération Sud-Sud mise en avant par Pékin.


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