Le continent africain est en train de se scinder en deux

Le Rift est-africain, actif depuis environ 25 millions d’années, est en train de fracturer progressivement l’Afrique en deux grandes plaques distinctes, selon une nouvelle étude géologique.

L’Afrique orientale bientôt détachée du reste du continent ? C’est en tout cas ce que suggère une étude publiée le 23 avril dans la revue Nature Communications. Celle-ci montre que le Rift est‑africain, l’une des structures géologiques les plus spectaculaires de la planète, est en train de déchirer silencieusement la plaque africaine en deux.

D’après les chercheurs, qui se sont appuyés sur des données de réflexion sismique pour analyser ce qui se joue sous la surface, la plaque somalienne et la plaque nubienne — deux ensembles tectoniques qui forment aujourd’hui ce que l’on désigne globalement comme « le continent africain » — s’écartent l’une de l’autre à un rythme de quelques millimètres par an.

Imperceptible à l’échelle humaine, irréversible à l’échelle géologique. Le processus est à l’œuvre depuis environ 25 millions d’années, et rien — ni traité international, ni résolution de l’ONU, ni sommet de l’Union africaine — ne saurait l’enrayer.

La Corne de l’Afrique, futur archipel du monde

Sur ce bloc tectonique qui dérive lentement vers l’est se trouvent l’Éthiopie, la Somalie et une partie du Kenya. Ces territoires, aujourd’hui solidaires du reste de l’Afrique, sont en réalité candidats à une forme de sécession géologique.

« C’est pratiquement en train de se rompre là-bas », explique Christian Rowan, doctorant au département des sciences de la Terre et de l’environnement de l’université Columbia et auteur principal de l’étude, à propos de la région de l’Afar, au nord, près de la mer Rouge.

Ce scénario rappelle un épisode survenu en 2005, lorsque, en quelques semaines, une fissure de 60 kilomètres de long s’est ouverte dans le désert d’Afar, en Éthiopie.

Des géologues de l’université d’Oxford et du CNRS avaient alors confirmé que cette zone constituait l’un des rares endroits au monde où la naissance d’un océan pouvait être observée quasiment en temps réel.

Des millions d’années, mais une leçon pour aujourd’hui

Les scientifiques estiment que le nouvel océan mettra entre 5 et 10 millions d’années à se former pleinement. Un horizon certes lointain, mais qui interroge la manière dont l’humanité — et l’Afrique en particulier — conçoit son rapport au territoire, aux frontières et à l’espace.

Alors que le continent porte encore les stigmates de tracés hérités de la colonisation, souvent déconnectés des réalités géographiques, ethniques ou culturelles, la géologie rappelle que ces délimitations n’ont aucune prise sur la dynamique profonde de la planète.

Pour l’Afrique de l’Est, ce futur bouleversement a aussi une portée très concrète. Des pays aujourd’hui enclavés, comme l’Éthiopie — la nation la plus peuplée au monde sans accès direct à la mer — verront un jour leur destin géographique profondément reconfiguré.

Les branches du rift abritent par ailleurs le lac Tanganyika et le lac Malawi, ressources vitales pour l’alimentation, la pêche et les moyens de subsistance de millions de personnes.


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