Migration, commerce : ce que veulent vraiment les Africains

Un nouveau rapport d’Afrobarometer dresse le portrait d’un continent dont les citoyens se disent largement ouverts sur le monde. Il met toutefois en lumière un décalage persistant entre leurs aspirations en matière de mobilité et d’échanges, et les politiques menées par leurs gouvernements.

Sur des sujets aussi variés que le commerce, la migration, la géopolitique ou le climat, les citoyens africains adoptent une posture à la fois stratégique et lucide quant à leur place dans un monde multipolaire.

Mais cette lucidité se heurte à une méconnaissance criante des grands chantiers continentaux, ainsi qu’à une action publique qui peine à transformer les aspirations en résultats tangibles.

Ce constat, dressé le 5 août par le directeur général d’Afrobarometer, Joseph Asunka, lors de la publication à Accra, au Ghana, du troisième rapport phare de l’institution, résume l’essentiel du document.

Intitulée « Beyond Borders: Citizens’ Perspectives on a Shifting Global Order », l’enquête repose sur des entretiens menés entre 2024 et 2025 auprès de plus de 50 000 personnes dans 38 pays africains. Son ampleur en fait un indicateur particulièrement significatif des perceptions citoyennes sur les grands enjeux internationaux.

Un commerce plébiscité, une intégration continentale méconnue

Ainsi, 62% des personnes interrogées estiment que leurs gouvernements devraient faciliter les échanges avec l’étranger, contre environ la moitié cinq ans plus tôt. Cette préférence pour l’ouverture commerciale est majoritaire dans 32 des 38 pays sondés, à l’exception notable de la Gambie, de l’Angola, de Madagascar et de la Mauritanie, où les citoyens restent davantage attachés à un commerce limité.

Ce soutien de principe contraste toutefois avec une méconnaissance frappante de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). En moyenne, seuls 13% des répondants déclarent en avoir entendu parler.

Même au Ghana, qui abrite le siège du secrétariat de l’accord, ce taux ne dépasse pas 27%, un niveau également observé dans les pays où la notoriété du projet est la plus élevée. Selon Joseph Asunka, un accord d’une telle importance, obtenu au prix d’un consensus entre élites, demeure fragile tant qu’il ne s’appuie pas sur un mandat populaire clair.

En matière de libre circulation, 56% des sondés soutiennent l’idée d’autoriser les citoyens de leur sous-région à travailler librement dans leur pays. À l’inverse, 40% souhaitent imposer des restrictions afin de préserver l’accès des nationaux à l’emploi.

Le poids des attentes insatisfaites

Près de 45% des Africains interrogés déclarent avoir envisagé de quitter leur pays, dont un quart y a songé « beaucoup ». Cette proportion marque une hausse notable par rapport aux précédentes enquêtes, les principales motivations concernent la recherche d’un emploi ou la volonté d’échapper à la pauvreté.

Ce désir de départ est particulièrement marqué chez les jeunes, les hommes, les personnes les plus diplômées et les habitants des zones urbaines. Autre évolution notable : alors que les candidats à l’émigration privilégiaient autrefois davantage les destinations intra-africaines, ils se tournent désormais plus volontiers vers l’Amérique du Nord et l’Europe.

À l’échelle interpersonnelle, une large majorité des répondants se dit prête à accueillir des étrangers comme voisins. À l’échelon national, en revanche, les avis restent partagés sur les bénéfices économiques de l’immigration de travail, tandis qu’une majorité souhaite réduire le nombre de demandeurs d’emploi et de réfugiés admis dans leur pays.

Fait notable, à rebours des tendances observées dans d’autres régions du monde, ce sont les personnes les plus instruites, les plus qualifiées et les plus aisées qui se montrent les plus réticentes à l’accueil des immigrés, plutôt que les catégories les plus modestes.


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