Sahel, la guerre des deux jihads

Des régions du Mali, du Niger et du Burkina Faso sont le théâtre d’affrontements répétés depuis plusieurs mois entre des factions d’Al-Qaïda et celles de l’État islamique.

« Les soldats du califat tuent des centaines de miliciens (d’Al-Qaïda) et s’emparent de grandes quantités de leurs armes au Sahel. »

La une d’Al-Naba (« La Nouvelle »), l’hebdomadaire de propagande de l’organisation État islamique au Sahel (EIS), du jeudi 15 octobre, était pour le moins dithyrambique à propos des combats survenus cinq jours plus tôt entre ses combattants et ceux du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim).

Bilan revendiqué : plus de 400 morts dans les rangs adverses, dont plusieurs chefs de terrain, ainsi que plus de 400 motos et des centaines d’armes saisies. Le groupe dirigé par Iyad Ag Ghaly évoque également cinq soldats nigériens tués à Dosso, dans l’ouest du Niger, dans le cadre de cette bataille qui s’est déroulée dans la province de l’Oudalan, au Burkina Faso.

Deux visions du jihad

Autre fait d’armes de l’EIS : l’exécution sur place de dizaines de prisonniers après les avoir interrogés. Difficile de vérifier ces chiffres, étant donné la propagande des deux camps, mais ces affrontements, décrits par plusieurs observateurs comme extrêmement violents, constituent la dernière manifestation en date de la rivalité qui oppose les deux mouvements jihadistes.

En cause : deux visions du jihad qui tendent à devenir antagonistes au fur et à mesure de l’expansion de ces deux marchands de la terreur. Si le Jnim s’étend au-delà du Mali, sa stratégie repose largement sur un ancrage local.

Il cherche notamment à gagner les cœurs à travers son implication dans les affaires locales des territoires où il s’implante. En face, l’État islamique au Sahel (EIS) prône une approche plus radicale et transnationale.

« C’est une question de pouvoir, de contrôle des territoires. Si vous contrôlez les territoires, vous pouvez recruter plus facilement et prendre de l’importance », explique Serge Daniel, correspondant régional de France 24.

Le silence embarrassé des juntes sahéliennes

Selon les analystes, l’ambition de s’emparer du trésor de guerre de l’autre stimule également les combats, dans un contexte de multiplication des encaissements de rançons sur fond de prises d’otages de part et d’autre.

« Il est généralement difficile d’établir un lien direct, car les paiements de rançons sont opaques et viennent alimenter les ressources financières globales des groupes. Il existe toutefois des exemples dans lesquels d’importantes rentrées d’argent ont précédé ou contribué à soutenir des offensives majeures », analyse Héni Nsaibia, chercheur auprès de l’ONG Armed Conflict Location & Event Data (Acled), dans les colonnes de Jeune Afrique.

Alors que les combats font rage sur leurs territoires, les juntes du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso) observent un silence embarrassé. Un symbole de la faillite de ces États à protéger leur intégrité territoriale, malgré les rodomontades servies par les putschistes au pouvoir.

« Je pense que les trois juntes doivent un peu se frotter les mains en se disant : “Les ennemis sont en train de se tuer sur nos territoires, sur nos terres. Donc, on ne va pas s’en mêler. Qu’ils s’écrasent, qu’ils se tuent entre eux, c’est une bonne chose pour nous.” », affirme Serge Daniel.


Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*