Zimbabwe : Wicknell Chivayo, la fin d’un « intouchable »

La mort de l’homme d’affaires zimbabwéen a, paradoxalement, suscité des manifestations de joie de la part de nombreux internautes. Une situation symptomatique de l’introduction dans les cercles du pouvoir de ce quadragénaire associé, à tort ou à raison, à la corruption des élites sur le continent africain.

« Conspué jusqu’à sa mort tragique ». Telle pourrait être l’épitaphe de Wicknell Chivayo, tant la disparition de cet entrepreneur de 45 ans suscite l’allégresse sur les réseaux sociaux, dans son pays, le Zimbabwe, et au-delà, depuis son annonce, le 30 septembre dernier, dans un accident d’hélicoptère.

Alors qu’il regagnait la capitale, Harare, après un séjour dans l’une de ses propriétés situées en zone rurale, en compagnie de son épouse Lucy Muteke et de quatre autres personnes dont l’identité n’a pas été dévoilée, l’appareil s’est écrasé, ne laissant aucun survivant.

« Nous sommes tous bouleversés par la disparition brutale et inattendue d’une famille si jeune », a écrit le président zimbabwéen, Emmerson Mnangagwa, dans un message fleuve publié sur les réseaux sociaux, évoquant « un entrepreneuriat porté par les nationaux et soucieux de l’humain ».

Un homme aux multiples connexions

Son homologue kenyan, William Ruto, a lui aussi déploré cette tragédie, tout en décrivant le défunt comme « un ami cher dont la chaleur humaine avait touché de nombreuses personnes ».

Le président nigérian Bola Tinubu, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, le Malawite Peter Mutharika ou encore le Zambien Hakainde Hichilema n’en pensent pas moins, au regard du carnet d’adresses fourni de Wicknell Chivayo.

Né le 22 novembre 1982, il perd son père très jeune dans un accident de voiture. Chivayo quitte l’école à l’adolescence et devient, à tout juste 15 ans, employé chargé de la paie dans une compagnie de bus.

Il se lance ensuite dans le commerce des devises comme changeur, dans un contexte de graves pénuries de monnaies étrangères au Zimbabwe. Cette activité promettait de rapporter des gains substantiels à ceux qui avaient accès au rand sud-africain, au dollar américain et à d’autres moyens de paiement internationaux.

Internet dans la liesse

Inculpé en 2002 pour blanchiment d’argent et fraude, dans une affaire de transfert de rands jamais effectué pour un client, le jeune changeur d’alors écope de cinq ans de prison, dont deux avec sursis.

Dix ans plus tard, il fait ses premiers pas dans le milieu des affaires grâce à sa société Intratek. C’est le début de la construction d’un réseau qui le mènera aux plus hautes sphères du pouvoir au Zimbabwe, mais également en Afrique du Sud, en Zambie ou encore au Nigeria.

Jamais avare de photos de lui aux côtés de chefs d’État africains, Wicknell Chivayo était controversé en raison de ses liens avec des affaires de corruption et de malversations, à l’image du contrat de 172 millions de dollars décroché par son entreprise pour la construction d’une centrale solaire qui n’a jamais été livrée.

« Quelle journée glorieuse », a ainsi écrit un Zimbabwéen repéré sur Facebook par le New York Times après sa mort, au milieu d’une liesse invraisemblable sur Internet. « Je n’ai jamais rien vu de pareil », rapporte le journaliste de CNN Larry Madowo.


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