Eco : le mirage permanent ?

La monnaie censée permettre aux pays membres de la CEDEAO de rompre le cordon avec le franc CFA, si honni et considéré comme un vestige de la colonisation, va d’échéance en échéance, sans vraiment se rapprocher d’un lancement malgré les discours officiels.

Mort au franc CFA, vive l’Eco. Réunie le 19 juillet dernier à Lungi, en Sierra Leone, en marge de la soixante-neuvième session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement, la CEDEAO « a réitéré son ferme engagement en faveur du lancement » de cette monnaie unique « en 2027 ».

De quoi réjouir les pourfendeurs du CFA, souvent décrit par les observateurs comme l’un des derniers avatars de la colonisation française sur le continent africain, et devenu par ailleurs – à tort ou à raison – l’un des principaux punching-balls auxquels est imputée la situation économique catastrophique de plusieurs pays.

Des doutes subsistent toutefois quant au respect de cette échéance. En effet, ce n’est pas la première fois que l’organisation ouest-africaine projette le lancement de l’Eco, allant de 2003 à 2010 et 2020.

Des pays loin d’être prêts

Un an plus tôt, le président français Emmanuel Macron et son homologue ivoirien Alassane Ouattara décrétaient même la mort du franc CFA lors d’une cérémonie en grande pompe, qui s’est révélée depuis n’être qu’un effet d’annonce. En réalité, beaucoup de préalables nécessaires à l’adoption de cette monnaie restent à remplir.

À commencer par les fameux critères de convergence. Principalement au nombre de quatre, ils exigent de chaque membre qu’il maintienne, pendant trois années consécutives, un déficit inférieur à 3 % du PIB, une inflation inférieure à 10 %, un financement du déficit par la banque centrale plafonné à 10 % des recettes fiscales de l’année précédente et une dette publique inférieure à 70 % du PIB.

Or, comme le relève Thaïs Brouck, journaliste à Jeune Afrique (JA), citant les données du Fonds monétaire international (FMI), seuls quatre pays – la Côte d’Ivoire, le Cap-Vert, le Bénin et le Togo – respectaient ces critères en 2025.

« Un objectif politique » plutôt que technique

Il ajoute par ailleurs que plusieurs autres questions pratiques restent sans réponse, comme le lieu d’implantation d’une banque centrale dédiée à l’Eco, celui de fabrication des billets et des pièces, ou encore le mécanisme de fixation du taux de change de cette monnaie.

« Après avoir longtemps milité pour que tous les pays franchissent le pas ensemble en même temps, l’organisation régionale prévoit désormais que l’Eco commence d’abord avec les pays qui sont volontaires, même si pour l’instant aucun ne s’est manifesté. Ainsi qu’avec ceux qui respectent les critères de convergence », pointe le rédacteur en chef de la section économie de Jeune Afrique, sur TV5 Monde.

Il évoque également le peu d’intérêt des pays comme le Nigeria ou le Ghana – détenteurs de leur propre monnaie – à s’engager dans l’aventure, avant d’asséner : « C’est un objectif politique. » Interrogé par JA, Bruno Cabrillac, ancien cadre de la Banque de France et désormais directeur général de la Fondation, abonde dans le même sens, ajoutant que « malgré les discours, personne ne veut de cette monnaie ».


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