Le Burkina Faso serre la vis à Canal+

Le diffuseur français écope d’une amende pour non-respect de ses obligations contractuelles envers les téléspectateurs burkinabè. En cause : le conditionnement de l’accès à la télévision nationale à un abonnement.

Selon l’Agence burkinabè de presse (AIB), relayée par Jeune Afrique et l’AFP, le Conseil supérieur de la communication (CSC) du Burkina Faso a infligé une amende de 50 millions de FCFA à Canal+ Afrique pour « non-respect de ses obligations conventionnelles relatives à l’accessibilité des chaînes publiques nationales sur le territoire burkinabè ».

Le groupe audiovisuel français est ainsi accusé de ne pas avoir garanti à ses abonnés l’accès gratuit aux chaînes nationales, pourtant prévu dans la convention qui le lie à l’État burkinabè.

Signé en février 2024, cet accord impose à Canal+ de rendre ces chaînes accessibles à tous les abonnés, y compris ceux disposant des offres d’entrée de gamme, et d’en assurer la diffusion même après la résiliation d’un abonnement.

En pratique, un citoyen burkinabè peut perdre l’accès aux chaînes étrangères de sport ou de divertissement s’il ne renouvelle pas son abonnement, mais doit continuer à recevoir les chaînes nationales.

Des manquements répétés

Or dans les faits, Canal+ a longtemps conditionné l’accès aux médias publics au paiement mensuel d’un abonnement, contraignant ainsi les usagers à payer à double titre : via la redevance audiovisuelle prélevée sur leurs revenus, puis auprès de l’opérateur privé.

« Malgré l’octroi d’un délai supplémentaire pour des ajustements techniques, puis une mise en demeure adressée en avril 2025, le CSC dit avoir constaté la persistance de blocages », selon l’AIB. Le régulateur prévient que tout nouveau manquement pourrait entraîner des sanctions nettement plus lourdes.

Cette affaire pose la question de la souveraineté audiovisuelle dans un contexte africain où les acteurs privés, souvent étrangers, occupent une place prépondérante. Dans plusieurs pays de la sous-région, des conventions similaires auraient été signées avec Canal+, sans que les dispositions relatives aux chaînes nationales soient strictement respectées ni effectivement contrôlées.

Un précédent qui interpelle Dakar, Yaoundé et les autres

Au Cameroun, la situation est particulièrement criante. Alors que la télévision publique CRTV et la chaîne privée Canal 2 International ont annoncé la diffusion gratuite de la Coupe du monde 2026, de nombreux téléspectateurs doivent néanmoins passer par un abonnement Canal+ pour y accéder via leur décodeur.

Une aberration que dénoncent de plus en plus de voix. Imagine-t-on un citoyen français contraint de souscrire à un bouquet africain pour accéder à TF1 ou France 24 sur son territoire ? Le contraste est d’autant plus marqué que les activités du groupe détenu par Vincent Bolloré restent particulièrement dynamiques en Afrique.

Canal+ y revendique près de 9,7 millions d’abonnés actifs, pour une audience estimée à environ 350 millions de téléspectateurs, avec un taux de notoriété dépassant 96% sur plusieurs marchés du continent.


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