Le pays d’Asie du Sud entend tirer parti de ses réseaux dans la région au service d’un État en crise, sur fond d’intérêts divergents entre puissances étrangères.
Après avoir joué les médiateurs entre Washington et Téhéran, le Pakistan se tourne désormais vers la crise libyenne. Selon Reuters, qui cite deux sources proches du dossier, Islamabad a engagé discrètement, depuis plusieurs mois, des discussions visant à rapprocher les deux camps rivaux qui se disputent le pouvoir à l’est et à l’ouest du pays.
Cette initiative, soutenue par des acteurs comme l’Arabie saoudite et la Turquie, aurait été sollicitée par les deux parties en conflit. D’un côté, le gouvernement d’union nationale reconnu par l’ONU, dirigé par le Premier ministre Abdul Hamid Dbeibah, qui contrôle Tripoli et le nord-ouest.
De l’autre, l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar, qui domine une large partie du territoire, notamment les principaux champs pétroliers et infrastructures stratégiques.
Si Islamabad a démontré ces dernières années l’étendue de son influence diplomatique en s’impliquant dans plusieurs dossiers sensibles, le cas libyen s’annonce particulièrement complexe.
Un dossier enlisé depuis 2011
La Libye reste en effet profondément divisée depuis le soulèvement de 2011, soutenu par l’OTAN, qui a renversé le régime de Mouammar Kadhafi.
Depuis lors, gouvernements rivaux et groupes armés, appuyés par des puissances étrangères aux intérêts divergents, ont systématiquement fait échouer les tentatives d’organisation d’élections nationales et de réunification des institutions.
Les États-Unis, qui se positionnent comme interlocuteurs clés dans la recherche d’une solution, ont jusqu’ici échoué, en raison d’une approche jugée « floue et mal définie », selon Jalel Harchaoui, chercheur au Royal United Services Institute, interrogé par Reuters.
D’après l’agence, le Pakistan entend pour sa part mobiliser des leviers différents dans ses relations avec les protagonistes. Islamabad a ainsi conclu en décembre dernier un contrat de 4 milliards de dollars portant sur la vente d’équipements militaires, dont des avions de chasse JF-17, à l’Armée nationale libyenne.
Un plan de transition sur trois ans
Selon des sources citées par Reuters, un document intitulé « plan de réunification de la Libye » circule actuellement entre les parties. Il prévoit une transition de 36 mois autour d’une nouvelle structure, composée d’un gouvernement de consensus national et d’un conseil présidentiel.
Dans ce schéma, Abdul Hamid Dbeibah conserverait ses fonctions de Premier ministre, tandis que Saddam Haftar, fils du maréchal et commandant adjoint de l’ANL, prendrait la tête du Conseil. Khalifa Haftar, de son côté, garderait un contrôle significatif sur le budget de l’État.
Toujours selon Reuters, les discussions se sont intensifiées le mois dernier, notamment après une rencontre entre Saddam Haftar et le chef d’état-major pakistanais Asim Munir à Rawalpindi, suivie d’un déplacement à Washington pour s’entretenir avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio.

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