Kabila, le retour du rebelle ?

L’ancien chef de l’État congolais veut renverser par tous les moyens son ancien allié et successeur, Félix Tshisekedi, accusé de l’avoir poussé à bout par son refus présumé du dialogue.

Joseph Kabila, rebelle un jour, rebelle toujours ? La question est sur toutes les lèvres depuis le coup d’audace du 12 octobre 2026.

Ce jour-là, l’ancien président de la République démocratique du Congo (RDC) annonce, à Goma, dans l’est du pays, avoir pris la tête du Front pour la refondation de la nation (FRN), un mouvement politico-militaire regroupant l’Alliance fleuve Congo (AFC) et le M23, en rébellion contre le pouvoir de Kinshasa.

Dans le collimateur des intervenants : le régime de Félix Tshisekedi, accusé de corruption, de discriminations et d’atteintes aux libertés. Une “tyrannie” à laquelle Corneille Nangaa – l’un des fidèles de Kabila – et ses compères entendent mettre fin par tous les moyens, y compris par la force.

S’il n’a pas pris la parole lors de cette fameuse conférence de presse, l’ancien chef de l’État n’en pense pas moins. En témoigne l’entretien qu’il a accordé une douzaine de jours plus tard aux journalistes Teddy Mazina et Bojana Coulibaly, de Conspiracy Tracker Great Lakes.

« Quelque chose devra céder »

Il y laisse notamment entendre que la situation sécuritaire du pays s’est dégradée depuis son départ du pouvoir en 2019. « La situation était sous contrôle », a-t-il affirmé en référence à ses 19 ans à la tête du pays.

Kabila reproche à l’actuel président d’avoir mis fin à l’accord de partage du pouvoir conclu en 2019, qui prévoyait notamment qu’il conserve le contrôle du Parlement.

« Pour moi, c’était le signe qu’il serait impossible de travailler dans un environnement où l’on supprimait un élément essentiel : les contre-pouvoirs dans le système politique », accuse-t-il, alors que Le Monde décrit un Tshisekedi qui s’est entre-temps émancipé, au risque de se retourner contre son ancien allié.

« Lorsque l’on regarde la situation actuelle, et je n’exagère pas, nous sommes proches de celle que nous avons connue sous l’ancien président Mobutu Sese Seko. Il faudra que quelque chose se passe. Quelque chose doit se produire, parce que cette impasse ne peut pas durer. Quelque chose devra céder », a-t-il déclaré.

Un retour aux sources du maquis

Autant dire qu’il n’hésiterait pas à marcher sur Kinshasa pour y déloger l’actuel occupant du palais présidentiel. Après tout, ce ne serait qu’une répétition de l’histoire pour cet ancien étudiant en droit en Tanzanie, né dans le maquis alors que son père et prédécesseur, Laurent-Désiré Kabila, combattait le pouvoir de Mobutu.

« Alors rebelle armé, il ne l’a été que brièvement, pendant six mois, entre la fin de 1996 et la chute de Mobutu. Mais il y a chez cet homme de 55 ans une sorte de rébellion intérieure permanente qui ne l’a jamais quitté », décrypte François Soudan, journaliste à Jeune Afrique.

Selon l’un de ses proches, cité par Le Monde, Joseph Kabila, condamné à mort par contumace par le pouvoir de Kinshasa pour ses liens avec la rébellion AFC/M23, n’aurait pas eu d’autre choix que de se radicaliser face à l’entêtement de Félix Tshisekedi à refuser le dialogue.

Au risque d’accréditer la théorie selon laquelle il serait en collusion avec le Rwanda de Paul Kagame pour déstabiliser la RDC ?


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