Depuis le 18 mai, tout ressortissant africain muni d’un passeport valide peut entrer dans le pays sans visa pour 30 jours. Une décision saluée, mais qui met en lumière les obstacles structurels qui freinent encore la libre circulation sur le continent.
Plus besoin de visa pour entrer au Togo pour les ressortissants africains. Selon le ministère de la Sécurité et de la Protection civile, tout citoyen du continent muni d’un passeport valide peut désormais séjourner jusqu’à 30 jours sur le territoire togolais sans avoir à solliciter le traditionnel sésame d’entrée.
Seule formalité requise : une déclaration de voyage en ligne, à effectuer au moins 24 heures avant l’arrivée. Annoncée par le président du Conseil, Faure Gnassingbé, en marge du forum Biashara Afrika 2026 à Lomé, la mesure a été entérinée par décret en Conseil des ministres.
Elle s’inscrit dans la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et répond aux ambitions de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui place la libre circulation des personnes au cœur de la transformation du continent.
Un mouvement d’intégration accéléré
Entrée officiellement en vigueur en 2021, la ZLECAf ambitionne de porter le commerce intra-africain à 230 milliards de dollars d’ici 2026, soit une hausse de 10%. Par cette décision, Lomé entend renforcer son attractivité comme hub régional pour les affaires, le tourisme et les échanges culturels.
Le pays vise également, selon le ministre Calixte Batossie Madjoulba cité par Jeune Afrique, à « promouvoir l’intégration africaine, faciliter la mobilité des personnes et des biens, et encourager une coopération renforcée entre les États et les peuples du continent ».
Cette orientation s’inscrit dans la continuité des politiques de suppression de visas adoptées ces dernières années par plusieurs pays, notamment le Rwanda, les Seychelles, le Bénin, le Ghana, la Gambie ou encore le Congo.
Parallèlement, la CEDEAO a supprimé depuis le 1er janvier 2026 certaines taxes et redevances sur le transport aérien régional. Si la mesure n’est pas encore appliquée uniformément, la dynamique est enclenchée.
Un continent encore fragmenté par ses frontières
Fin avril, Abidjan a ainsi annoncé une réduction de 25% des redevances aériennes pour les vols intracommunautaires, une décision susceptible de faire baisser le prix des billets. À terme, l’organisation sous-régionale vise une diminution d’environ 40% des coûts du transport aérien.
Malgré ces avancées, un Africain rencontre encore davantage d’obstacles pour voyager sur le continent qu’un Européen ou un Américain. Entre les pays sans visa (encore minoritaires), ceux qui délivrent des visas à l’arrivée sous conditions, et ceux qui imposent des démarches préalables, les disparités restent marquées.
Le projet de passeport africain unique, lancé par l’Union africaine il y a une décennie, demeure à ce stade largement théorique. Et même s’il venait à se concrétiser, il se heurterait à des obstacles structurels que le seul outil administratif ne suffirait pas à lever.

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