L’archipel situé au cœur de l’océan Indien, cristallise les rivalités entre les États-Unis et le Royaume-Uni. De quoi raviver par la même un douloureux contentieux post-colonial avec Maurice.
Selon le quotidien britannique The Telegraph, qui cite des responsables de la Maison Blanche, les États-Unis envisagent de racheter les îles Chagos à Maurice. Il ne s’agit pas d’un projet anodin, car cet archipel revêt une importance stratégique pour de nombreux États.
Parmi ses 55 îles figure Diego Garcia, la plus vaste d’entre elles, qui abrite une base militaire cogérée par Washington et Londres depuis près de six décennies. Cette installation compte parmi les plus cruciales dont disposent les puissances occidentales dans l’hémisphère sud.
Sa position centrale dans l’océan Indien permet en effet de projeter une force militaire sur trois zones simultanément, en l’occurrence l’Asie de l’Ouest, l’Afrique et l’Asie du Sud-Est.
La base a servi de point d’appui à de nombreuses opérations militaires au fil des décennies, et son rôle n’a fait que s’accroître depuis l’escalade du conflit impliquant l’Iran. Donald Trump a d’ailleurs essuyé un refus du Premier ministre britannique Keir Starmer lorsqu’il a souhaité l’utiliser dans le cadre de son attaque contre Téhéran.
Un transfert de souveraineté en suspens
Depuis, le locataire de la Maison Blanche cherche à prendre le contrôle direct de l’île. Pour Washington, l’enjeu est de couper l’herbe sous le pied à Londres, contraint de transférer la souveraineté de l’archipel à Maurice, l’autre protagoniste du dossier.
Depuis 1980, l’État insulaire africain revendique en effet la souveraineté sur les Chagos. Après l’échec des discussions bilatérales, il a saisi en 2010 la Cour permanente d’arbitrage, qui lui a donné raison, sans que le Royaume-Uni ne renonce pour autant à son emprise.
En 2019, la Cour internationale de justice (CIJ) a rendu un avis consultatif jugeant illégale la présence britannique et appelant à la restitution de l’archipel à Port-Louis. D’après le Telegraph, la stratégie américaine consisterait à attendre la fin de la rétrocession par Londres pour négocier directement avec les autorités mauriciennes.
La voix oubliée des Chagossiens
Au cœur des préoccupations américaines se trouvent les liens de plus en plus étroits entre Maurice et la Chine. Washington redoute qu’une présence accrue de Port-Louis autour de l’archipel n’ouvre la voie à des activités de surveillance maritime et de renseignement au profit de Pékin, compromettant ainsi la sécurité de la base.
Comme le rappelle l’analyste Ben Judah, cité par le journal britannique, la logique du « deep state » britannique est simple : Diego Garcia est une infrastructure que l’Occident « ne pourrait jamais reproduire s’il devait repartir de zéro ».
Mais pendant que les grandes puissances s’affrontent par canaux diplomatiques interposés, une autre réalité, plus humaine et douloureuse, se trouve reléguée au second plan.
Les Chagossiens, descendants des populations expulsées de force de l’archipel dans les années 1960 et 1970 pour permettre l’installation de la base américaine, attendent toujours que justice leur soit rendue.

Poster un Commentaire