Les deux voisins sahéliens ont décidé de renouer leurs relations après plusieurs années de tensions marquées par des accusations réciproques.
C’est reparti entre Alger et Bamako. Les deux pays ont annoncé, vendredi 10 juillet, la réactivation de leurs relations diplomatiques, avec la réouverture réciproque de leurs espaces aériens et le retour de leurs ambassadeurs.
Cette décision met un terme à plusieurs mois de brouille entre les deux capitales, qui avait culminé en 2025 avec la destruction par l’Algérie, près de Tinzaouatène à la frontière, d’un drone de l’armée malienne engagé contre des groupes armés dans le Nord.
Une action alors qualifiée d’« hostile et préméditée » par le régime de transition à Bamako. De son côté, Alger avait justifié l’intervention par un survol non autorisé de son espace aérien, affirmant que l’appareil y avait pénétré avant d’adopter une trajectoire jugée offensive, ce qui aurait motivé sa neutralisation.
La crise avait rapidement dépassé le cadre bilatéral. Le Mali avait rappelé son ambassadeur en Algérie, un geste de solidarité aussitôt imité par le Burkina Faso et le Niger, ses partenaires au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Une détente sous influence russe ?
En réponse, Alger avait suspendu la prise de fonctions de son ambassadeur au Burkina Faso et rappelé ses représentants en poste au Mali et au Niger.
Interrogé par France 24 sur les raisons de ce revirement, le sociologue malien Mohamed Amara, auteur notamment de Le Mali rêvé, évoque d’abord un épuisement mutuel face à des mois de tensions diplomatiques dont les deux capitales maîtrisaient les ressorts.
Selon TV5 Monde, le Togo aurait joué un rôle actif dans la médiation entre les deux voisins, tandis que le président congolais Denis Sassou Nguesso a dépêché son ministre des Affaires étrangères à Alger pour soutenir une désescalade.
Mohamed Amara mentionne également l’influence de la Russie, qui aurait jugé nécessaire de ramener les deux protagonistes à la table des discussions, profitant de sa position géostratégique dans la région pour peser sur les deux capitales.
Vers une relance du dialogue avec les mouvements du Nord ?
La visite officielle du chef de l’État nigérien Abdourahamane Tiani à Alger en février dernier, où il a été reçu en grande pompe par le président Abdelmadjid Tebboune, s’inscrirait dans la même dynamique. Le sociologue y voit à la fois un enjeu de politique d’investissement — notamment autour de l’exploitation pétrolière — et une forme de médiation informelle assurée par Niamey, toujours, selon lui, sous l’impulsion russe.
Au-delà des calculs géopolitiques, le sociologue tient à rappeler la dimension historique et culturelle de la relation entre les deux pays, qu’il qualifie de « pays frères » liés par une longue frontière commune et des rapports affinitaires anciens.
Au-delà des relations bilatérales, ce dégel pourrait constituer un tournant pour la recherche de la paix au Mali, alors que le reste la cible d’attaques du JNIM et du FLA, les mouvements rebelles indépendantistes du Nord auxquels l’Algérie avait aidé arraché un accord de paix en 2015.

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