Ebola, Mondial 2026 et l’Afrique : le vieux réflexe du bouc émissaire

Les trois pays hôtes du Mondial ont décidé d’imposer des restrictions de voyage visant la République démocratique du Congo, l’Ouganda et le Soudan du Sud, jugés à haut risque en raison de la circulation du virus Ebola. Une mesure qui soulève autant d’interrogations sur la préparation sanitaire internationale que sur les perceptions associées au continent africain.

Les gouvernements des trois pays hôtes de la Coupe du monde 2026 — les États-Unis, le Mexique et le Canada — ont conjointement annoncé, jeudi 28 mai, la mise en place de dispositifs de surveillance et de dépistage renforcés aux frontières, en réponse à des risques potentiels liés à la maladie à virus Ebola.

Ces mesures, présentées comme « préventives », ciblent en priorité les voyageurs en provenance de la République démocratique du Congo (RDC), de l’Ouganda et du Soudan du Sud, considérés comme zones à risque élevé.

Les dispositifs incluent notamment des contrôles de température à l’entrée des aéroports et aux postes-frontières, des questionnaires sanitaires obligatoires, ainsi que la possibilité d’examens médicaux approfondis en cas de symptômes suspects.

Le risque d’amalgames préjudiciables à l’Afrique

« La santé et la sécurité de chaque personne dans la région restent notre priorité absolue alors que nous accueillons le monde en Amérique du Nord », ont déclaré les trois pays, dans un communiqué cité par Reuters.

Cette décision intervient alors que chacun des trois États avait déjà annoncé, de manière individuelle, des mesures similaires. Washington est allé plus loin en interdisant l’entrée sur son territoire aux titulaires de la carte verte ayant séjourné en RDC, en Ouganda ou au Soudan du Sud au cours des 21 derniers jours.

Selon les experts, la maladie à virus Ebola est une fièvre hémorragique rare mais potentiellement mortelle, qui se transmet uniquement par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée. Elle ne se propage ni par voie aérienne ni par contact occasionnel.

Ce rappel scientifique est essentiel pour contextualiser les décisions prises, que plusieurs observateurs jugent susceptibles d’alimenter des amalgames préjudiciables à l’image du continent africain.

Un air de déjà-vu

Ces décisions n’ont pas manqué de susciter la controverse. L’OMS a ainsi mis en garde contre de telles restrictions de voyage, affirmant qu’elles sont « motivées par la peur et non fondées sur la science ».

Les trois gouvernements ont néanmoins maintenu leur position. La ministre canadienne de la Santé, Marjorie Michel, a explicitement relié cette décision à la Coupe du monde, indiquant qu’elle s’inscrivait « en coordination avec les États-Unis et le Mexique, alors que les trois pays commencent à accueillir les matchs ».

Pour de nombreux observateurs, cette approche rappelle les réactions observées au début de la pandémie de Covid-19, lorsque, confrontés à l’incertitude, plusieurs pays occidentaux avaient rapidement restreint les déplacements en provenance d’Afrique, perçue comme particulièrement vulnérable.


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